Un jour après l’autre

Tout a commencé plusieurs fois.

Il y a eu ce premier jour où tu es apparu comme le bel enfant impulsif dont le souvenir tendre rayonne encore dans la mémoire des adultes d’alors.

Et puis ce deuxième jour, des bribes d’histoires dans lesquelles les paroles du Calife Omar montraient le chemin, ce bégaiement confondant athées et mécréants.

Le troisième jour, tu es venu voir. Au cœur de ton quartier mes paroles ont mal sonné. C’était en 2015. La porte entre-baillée s’est refermée.

Le quatrième jour, j’ai entendu ta voix. C’est là que j’ai commencé à t’aimer.

Et puis est arrivé ce cinquième jour, impromptu, fruit du hasard, où tout a recommencé. Premier café d’une série qui pourrait ne jamais s’arrêter. Temps suspendu.

Le sixième est sans issue mais ouvert à tant de possibilités.

Je ne mange plus vraiment.

Je dors un peu.

Je rêve.

Je m’impatiente.

J’aimerais que nos conversations ne s’arrêtent pas.

Tout s’y mélange, même nous.

Pour le septième, trouver le refuge des âmes sœurs, juste pas loin du bord du monde.

S’abandonner à la volonté cosmique – rideau

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Nous sommes dos à dos, elle me surplombe légèrement. Je sens ses fesses rebondies le long de mes reins. Se réveiller tout doucement d’un sommeil devenu presqu’éternel. Comme un tableau joyeux qui aurait pris la poussière sans que les couleurs ne s’altèrent. 12 ans que nous reculons derrière ce rêve. Elle a toujours eu un rire et trois chansons d’avance sur moi. Il nous arrive de faire les bars et de nous abandonner au présent. « Hey baby ! Rosie Bangs et Pepita Blue c’est un grand coup de pied dans le blues ». Et du rire en pagaille. Pas du rire gras, ni finement balancé. Du rire à gorges déployées, le coeur grand ouvert.

Hmm… Le rire, ça vous empêche de vous prendre au sérieux et puis la lune reprend le dessus et disparaissent les plus belles envies de fantaisie et de soudure. Je jubile à l’idée que nous soyons enfin prêtes. Son visage s’illumine de si belle ogresse, tendre et séductrice se reflète sur la surface de ma peau…

Sa guitare en bandoulière, son pantalon en cuir, les mots aux bords des lèvres, l’envie démesurée… Moi j’attends patiemment avec mon collier de fleurs et mes grands anneaux, la bouche en coeur. Quelques échos d’une vieille complainte de l’enfance infinie bourdonne encore au creux de mes artères, mais elle s’éloigne. Qu’elle aille en paix, d’autres chansons plus gaies, plus suaves, promesses de volupté et de folie douce frappent à la porte.

Rideau !

 

 

 

 

S’abandonner à la volonté cosmique – totem

« La tendresse a des secondes qui battent plus lentement que les autres. »

Emile Ajar

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Je suis assise au bord de la rivière. Pas le moindre souffle de vent. La surface de l’eau est claire. Je t’aperçois qui me regarde du haut de ton moulin, tendrement, par-dessus mon épaule. Je te souris, un peu impressionnée, et je te dis quelques mots que tu ne peux pas entendre. La distance est telle qu’elle nous protège l’un de l’autre.

J’ai été prise d’une envie folle d’aller à ta rencontre, de plonger les yeux fermés dans l’inconnu, de briser la fatalité qui m’entrave, d’arrêter de rêver et d’y aller vraiment. D’entre-mêler nos solitudes. Le matin du départ, je suis passée au marché pour faire des provisions, j’ai fait un stop au café et j’y ai retrouvé Lalha le bandit, le beau passe-muraille. J’ai bien fait de ne pas me précipiter. « On se voit quand tu veux princesse » il m’a lancé, en déposant sur ma main un baiser. Je n’en finirai jamais d’être sentimentale. J’ai roulé vite pour te rejoindre.

Agenouillée au bord de l’eau, je te vois qui me regarde perché sur ton moulin. Ma jument se désaltère, brouillant la netteté du reflet, tu disparais. Je suis arrivée à l’endroit où j’ai promis d’ensevelir mon egotrip, retrouver de la légèreté. Il est donc temps de creuser. Les mains sauront fouiller et mon coeur s’abandonner. Voilà c’est fait. La jument a eu le temps de se reposer. Je la chevauche, je suis prête à repartir. Merde ! mon chapeau…

Trois jours à déparler, à t’écouter et te regarder faire. A te suivre avec un doux abandon. Trois jours pour que renaisse au creux de moi la fleur nénuphar déposée il y a des années. Ci-gît au quatre-chemins la Vieille complainte de l’enfance infinie et du paradis perdu. Les premiers traits, les premiers mots sont apparus de l’histoire d’après débutée il y a déjà bien longtemps. J’attends avec calme impatience le moment de me  mettre au travail.

Ah… si l’Amérique était tout prêt, je galoperais jusqu’au sud, les cheveux tressés en deux nattes qui plongeraient jusqu’à mes reins. Le dos nu et du rouge sur mes lèvres.

Si j’avais pu, avant de partir, je t’aurais embrassé de tout mon corps. J’aurais posé mon cœur sur ta poitrine et je l’aurais laissé galoper pour qu’il résonne jusqu’au tien. Tu as mis ta main sur mon épaule, j’ai regardé le bout de mes pieds. Et puis je suis partie. Je crois que je reviendrai. Je n’ai pas fini de te regarder.

Rassemblement

Ma Gradiva

Aux pieds de mes désirs un précipice. Au loin les pales tournent en promesse de délices, leur rythme se mêle à ma chevauchée impatiente.

– demain je me lance – ah bon ? si vite ? – oui pour toi je vais le faire, je serai appétissante dans mon habit de lumière – et ce ventre rond où vas-tu le déposer ? – je le laisserai juste à côté au bord de l’eau qui continuera de le bercer – tu l’abandonnes ? – non pas du tout, il est mon éternité, je me déshabille juste un moment pour mieux te regarder et t’offrir mon cœur nu – tu vas trop vite – non je suis prête – tu vas trop loin trop vite – oui je suis prête.

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Dénouementellement… petite chronique guadeloupéenne

Dénoumentellement : adverbe à base de dénuement chargé de nous, de mente espagnole, de woulé, de tellement si…

Signifie : sans fin à venir roulant doucement vers ailleurs.

Ex. : « Je chemine dénouementellement. »

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Guadeloupe juillet 2014

wouay ! gwo gwo dossier

big bidi bam clash pour bing bang lunaire, empêché par trop de bienveillance amicale et de peur mêlées

hé ouais tu peux le dire le truc est tordu

jamais facile de recommencer ou de reprendre autrement

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… à portée de tétons armés

lune et arabesque - quelque part entre ici et le ciel

Ecoute cette histoire…

C’est une jeune femme. La rondeur de ses seins indique que l’âge n’a plus d’importance et pourtant… Le sourire au coin des lèvres, elle s’approche de la rivière se regarde mais ne se voit pas. Elle s’assoit, reprend son souffle. Après tout, elle a couru à travers le champ, passée par en dessous des fils barbelés. L’angoisse de rencontrer une bête à cornes sur son chemin. Peut-être que sa vision en a été altérée. Après avoir repris ses esprits en même temps que son corps se raccroche à ses pensées, elle se relève, ferme les yeux, le souffle de l’eau la guide.

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Berceuse enragée pour image d’Epinal

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Pepita Vicente – Santa Lucia, 1902

Suis-je devenue folle…? A ne plus te regarder mon amour… A te laisser me manquer de respect, me narguer comme une mangue juteuse tombée à terre et qui pourrit au soleil, à te laisser me dévorer les entrailles d’envie, à t’abandonner pour une amoureuse solitude qui me tue à petits jets d’éternité

Je ne suis née nulle part, et pourtant je me souviens avoir été bercée

Tu étais là à me contempler et nous étions immortelles

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« Malheur à celui qui ne sait pas porter son masque »

Il y a quelque chose d’une tendresse extrême et nouée dans le regard concentré de ce petit koala qui donne la cadence à son propre pas, oublieux de l’imposante autorité qui le surplombe.

Allez savoir pourquoi, l’envie me démange le palais d’aller crier partout qu’être un bouffon ça se mérite et qu’il s’agit d’art, de savoir-faire, de savoir-être même !

J’aimerais savoir ce qu’est exactement un bouffon, quelle est sa fonction sociale et politique, et qu’ainsi soient démasqués les usurpateurs ou reconnus les talents ! N’y aurait-il pas d’autres bouffons que les « pitoyables » ?

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Regard sur « Les Temps boul’versés »…

Dé-mêlés de mémoires et de souvenirs entre théâtre et conte

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Patrick Womba et Dominique Moutoussamy dans les Temps boul’versés, 2007 – photo de Philippe Bourgade

La voix de Madame Jean Lartiss Lanatole Santranblé Nitiké, personnage de la pièce de Patrick Womba, Les Temps boul’versés, résonne en moi.
« Pran sa
Lévé sa
Dansé épi sa
Lè ou rivé la
Déposé sa
Sé épi sa ou pé fé sa »
Poser, se déposer en regard.

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